Zoom : rigueur, tradition, et culotte connectée

Par : La Vie en Rose - Catégories : Tranches de vie

Tout avait pourtant bien commencé

À 52 ans, Madame Ponsart, directrice administrative rigide à la voix feutrée et à la mise toujours impeccable, incarne la rigueur. Son tableau Excel bloqué en lecture seule est aligné comme les soldats d’un défilé nord-coréen. Sa présentation PowerPoint ? Clé USB étiquetée, police Arial, transitions sobres. La quintessence du contrôle. Elle avait soigneusement préparé son intervention.

Mais même les Fort Knox du sérieux planquent des fissures. En l’occurrence, une petite expérimentation conjugale glissée dans sa culotte gainante : un œuf vibrant connecté, offert par Georges, son époux fraîchement retraité, décidé à « relancer la flamme », comme il dit, entre deux mots croisés et trois verres de Chardonnay.

Ce matin-là, elle glisse donc l’objet dans sa lingerie. Pour s’amuser. Pour lui faire plaisir. Et parce qu’au fond, elle n’est pas contre l’idée d’une petite surprise intime. Et surtout parce qu'elle pensait qu'il ne s'en souviendrait même pas. Mais elle a quand même pris soin de charger l’appareil. Toute façon, Georges est censé être occupé avec ses tomates, pas avec ses fantasmes de télécommande vaginale.

Réunion zoom, caméra allumée, dignité en danger

9h03. Connexion Zoom. Les visages apparaissent, les micros crachotent. Chacun s’installe avec la gueule d’un lundi matin qui pique. Elle ajuste ses lunettes, prend la parole d’un ton docte, expose la baisse des charges fixes avec une voix d'institutrice méthodique et une assurance quasi masturbatoire (sans mauvais jeu de mots... enfin pas encore).

Et soudain, le sol tremble. Non. Sa chaise. Non. Sa chatte.

Soudain un frisson. Léger, au début. L’œuf vibre. Doucement, d’abord, comme une caresse polie, presque poétique. Puis ça s’intensifie. Ça pulse. Ça titille des zones qu’elle n’avait pas réveillées depuis l’affaire Cahuzac. Des vibrations sournoises, tapies dans l'ombre de ses chairs. Et dans sa tête, une alarme mentale sonne :
GEORGES. ESPÈCE. DE. FUMIER.

Quand la dignité se bat contre le bluetooth

Un clignotement dans les yeux, une hésitation dans la voix. Elle serre les cuisses, mais l'œuf est joueur. Il monte. En intensité, en ambition, en perfidie. Georges, du fond du jardin, s'amuse comme un ado. Il teste tous les modes. Pulsations. Onde continue. Mode tsunami.

Panique. Elle attrape son téléphone sur le côté, discrètement, comme une écolière planquant une clope. Application du sextoy : ouverte. Mode vibration : intermittent – crescendo – chaos vaginal. Elle tente de désactiver, mais son visage, tordu par l'effort de ne pas hurler et par son rictus mêlé de panique, ne passe plus le Face ID.

Elle tente le code. Trois fois. Échec. Doigts moites. Ongles tremblants. L’œuf, lui, continue. Il explore, il insiste, il creuse. Il jubile. Il règne.

« Pardon, je… j’ai un problème de… réseau… » ose-t-elle, pendant que le comité fixe son regard hagard avec bienveillance. Un gémissement discret et n'ayant rien de technologique échappe à ses lèvres. Elle tente de le noyer dans une toux. Trop tard. Un collègue prend la parole et demande avec sollicitude : « Tout va bien, Chantal ? Vous avez l’air... congestionnée. »

Le point non inscrit à l’ordre du jour

À 9h11, Madame Ponsart est en apnée. L’œuf la martyrise, Georges ne répond pas aux appels (il a mis le mode ne pas déranger, “pour la blague”). Elle tente un ultime coup de poker : éteindre son téléphone. Trop tard. Le jouet est passé en mode autonome. En Bluetooth zombie. Il n’obéit plus. Il a pris le contrôle de ses muqueuses et de sa carrière.

Son discours devient flou. Les chiffres deviennent des lettres. Elle évoque une "augmentation des flux entrants" en fixant le mur, puis parle de "réduction drastique des pertes humides", et là, le stagiaire, Thomas, baisse les yeux. Il sait. Il a compris.

Elle serre les dents, les cuisses, les poings. Elle se lève, s’assoit, se relève, les bras en croix, le regard vitreux. Un moment mystique s’installe. Elle atteint peut-être un pré-orgasme quantique.

Puis elle dit d’une voix étranglée, presque mystique :
« Je… dois interrompre mon intervention. Mon chat a vomi dans la box internet. »

Après l’extase, le powerpoint

Elle coupe la caméra, mais le micro reste ouvert. Et dans le lointain, très net, un "OH PUTAIIIIIIIIIN" s’échappe. Silence glacé chez les collègues. Quelqu’un tousse. Une autre quitte la réunion.

À 9h18, elle revient. Comme si de rien n'était. Cheveux décoiffés, chemisier légèrement débraillé. Elle sourit, faussement sereine. Elle reprend la main sur le tableau des dépenses comme si elle n’avait pas failli jouir en direct devant la direction au grand complet.

La légende est née

Depuis, Georges dort sur le canapé. L’œuf est dans un tiroir, rangé entre un crucifix et une boîte de Doliprane. Madame Ponsart, elle, a reçu un mail anonyme :
“Félicitations pour votre présentation vibrante. Vous êtes la seule qui nous ait fait décoller ce trimestre.”

Au siège, on parle encore de cette présentation “vibrante d’émotion” donnée par Madame Ponsart. Elle a été nommée “collaboratrice la plus engagée” du mois.

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