Prix affiché ≠ Invitation à gratter !

Par : La Vie en Rose - Catégories : Ça m'énerve!

Ici, c’est pas Marrakech, votre numéro de charme ne marche pas !

Parmi les nombreux spécimens qui fréquentent nos boutiques, il existe un type particulier de client : le négociateur compulsif. Celui pour qui le prix affiché n’est qu’une vague suggestion, une ouverture subtile à la discussion. Petit rappel nécessaire : ceci est un commerce français, pas un souk marocain, et le prix affiché n’est pas un défi personnel à votre talent inné pour gratter quelques euros.

Le boloss du marchandage : champion du monde toutes catégories

Ah, ces virtuoses du rabais permanent ! Toujours prêts à dégainer leurs phrases magiques :

  • « Si j’en prends deux, vous me faites quoi ? »
    Eh bien, ça fera deux fois le prix, merci de demander.
  • « Et en liquide, ça change quelque chose ? »
    Bien sûr ! Mes impôts vont s'évaporer miraculeusement si vous me payez en cash.
  • « Mais vous savez, je suis un très bon client »
    Absolument. La dernière fois que vous êtes venu, c’était quand déjà ? Juste après la guerre ?

Curieusement, ça négocie moins en caisse des supermarchés…

Étrangement, ces courageux négociateurs ne font pas autant les malins lorsqu'il s'agit de passer à la caisse d'une grande surface. On les voit rarement tenter un « Vous me faites quoi si je prends deux packs de lait ? » chez Leclerc ou Carrefour. Bizarrement, la négociation est beaucoup plus tentante quand il s'agit de petits commerces indépendants, forcément plus vulnérables. Serait-ce parce qu'il est toujours plus facile de « taper » sur les plus petits, ou simplement une question de courage à géométrie variable ?

Le syndrome du « moins cher sur internet »

La légende urbaine préférée des économes radins : « J’ai vu exactement la même chose, beaucoup moins cher sur internet ! » Curieusement, lorsqu'on creuse, on découvre vite que :

  • Le mystérieux site est subitement tombé dans une faille spatio-temporelle impossible à retrouver.
  • La super promo en question était aussi courte que la fidélité d’un candidat de télé-réalité.
  • Les frais de port ont étrangement transformé l'affaire du siècle en tarif premium digne d'un voyage spatial avec Elon Musk.
  • Les délais de livraison, quant à eux, feraient presque passer La Poste pour un service express. Si votre commande arrive avant votre retraite, estimez-vous heureux.
  • Ah, et bien sûr, la qualité du produit livré était tellement pourrie que même votre chien a refusé de jouer avec.

Bref, continuez donc à croire au paradis discount numérique, mais par pitié, ne nous infligez pas vos récits héroïques du parfait pigeon de Wish.

Petit cours d'économie à l’attention du marchand de tapis amateur

Vous voulez savoir pourquoi on ne marchande pas ? Voici un résumé rapide des joyeusetés fiscales et réglementaires :

  • TVA : Taxe sur Vraiment Absolument tout. L’État prend sa part même quand on ne fait pas de bénéfice.
  • CFE : Taxe pour avoir l’honneur d'exister. Oui, même sans vendre.
  • IS : Impôt sur l'argent qu'on gagne, mais surtout sur celui qu’on n’a pas encore gagné.
  • TS : Parce qu'embaucher quelqu'un est visiblement un luxe scandaleux qu'il convient de punir par une taxe.
  • Taxe enseigne : Eh oui, on paie même pour vous indiquer où venir claquer votre fric. Une invention absolument géniale, on adore !

Sans oublier l’arrivée annuelle des normes et réglementations absurdes, imposées par nos brillants élus ravis de financer leurs nouvelles lubies avec notre argent. Vous savez, ces fameuses mises en conformité obligatoires (« Maintenant il faut acheter un logiciel certifié par l’arrière-cousin du député, sinon vous finissez en prison »). Évidemment, ces nouvelles obligations sont toujours accompagnées d’un coût astronomique, pour notre plus grand plaisir.

Petite leçon de maths à l'usage des apprentis économistes en carton

Puisque certains semblent encore persuadés que tous les commerçants roulent sur l'or en fixant librement des marges indécentes, voici un petit cours simplifié, histoire de remettre les pieds sur terre :

Prenons un exemple simple, avec un chiffre d'affaires annuel imaginaire (mais optimiste !) de 100 000 € :

  • TVA (20%) : environ 16 666 € prélevés par l’État. Bon, soyons honnêtes, une partie est récupérée sur les achats et charges. Disons que, dans un élan d’optimisme extrême, vous ne lui offrirez "que" la moitié, soit environ 8 300 € généreusement reversés à la collectivité. De rien, ça nous fait plaisir.
  • Coût des marchandises : avec un coefficient de 2.5, environ 40 000 € (parce que non, les produits ne poussent pas dans notre arrière-boutique).
  • CFE (Cotisation Foncière des Entreprises) : une taxe rien que pour avoir le privilège d’occuper un local professionnel. Disons modestement 1 200 € pour notre exemple. Oui, même si vous êtes locataire, vous payez quand même. Un pur bonheur.
  • Taxe enseigne : allez, soyons généreux, 400 € pour avoir le droit d'être visible aux yeux des passants, c'est pas cher.
  • IS (impôt sur les sociétés) : supposons un bénéfice optimiste à 15 000 €, environ 3 750 € iront financer les prochaines lubies de génies de la fiscalité créative.
  • Taxe sur les salaires (TS) : même si vous êtes seul, si vous souhaitez embaucher une aide ponctuelle, vous paierez généreusement pour ce luxe.

Maintenant, retranchons joyeusement les frais fixes incontournables :

  • Loyer : 1 000 €/mois, soit 12 000 €/an (oui, parce que vendre depuis le coffre de sa voiture, c’est mal vu).
  • Électricité : 400 €/mois, soit 4 800 €/an (parce que l’éclairage à la bougie, ça va cinq minutes).
  • Internet et téléphone : 40 €/mois, soit 480 €/an (eh non, on ne communique pas par pigeon voyageur).
  • Eau : environ 300 €/an (ça ne pousse pas dans les robinets, figurez-vous).

Faisons maintenant les comptes ensemble :

  • Chiffre d'affaires initial : 100 000 €
  • - TVA reversée : 8 300 €
    Reste : 91 700 €
  • - Coût des marchandises : 40 000 €
    Reste : 51 700 €
  • - Loyers annuels : 12 000 €
    Reste : 39 700 €
  • - Électricité annuelle : 4 800 €
    Reste : 34 900 €
  • - Internet et téléphone : 480 €
    Reste : 34 420 €
  • - Eau annuelle : 300 €
    Reste : 34 120 €
  • - CFE + taxe enseigne : 1 600 €
    Reste : 32 520 €
  • - IS : environ 3 750 €
    Reste : 28 770 €

Et voilà : il reste donc à peine plus de 28 000 € nets annuels, pour 12 mois de travail acharné, sans congés payés, ni assurance chômage, ni garanties. Quelle richesse fabuleuse, n’est-ce pas ?

Et encore, ces fameux 28 000 € restants à la fin, c’est dans le meilleur des mondes : celui où tout va parfaitement bien, sans travaux imprévus, sans crédit professionnel à rembourser, sans cambriolage, sans appareil tombé en panne, sans décoration soi-disant « superflue », mais indispensable pour attirer les clients. Bref, sans aucun des aléas qui rythment quotidiennement la vie d’un commerçant. Autant dire que le moindre pépin transforme vite cette petite somme confortable en budget digne d’un étudiant boursier.

Encore quelques taxes et frais pervers (parce que sinon, ce ne serait pas drôle)

Vous pensiez avoir fait le tour des joyeusetés fiscales ? Raté ! En plus de tout ce que vous venez de découvrir, voici quelques bonus particulièrement savoureux, souvent oubliés mais toujours bien réels :

  • Cotisations sociales personnelles (SSI) : Eh oui, même après tout ça, l'URSSAF n'oublie jamais de venir réclamer une généreuse part de ce qu’il vous reste, même si vous avez décidé de vivre d'amour et d'eau fraîche.
  • Taxe SPRE/SACEM : Si vous avez le malheur de diffuser de la musique dans votre boutique pour rendre l’ambiance agréable, vous paierez juste pour le plaisir auditif de vos clients (et surtout celui des ayants droit, calculé au m²).
    D’ailleurs, si quelqu’un pouvait m’expliquer comment ils calculent précisément les rétributions... Est-ce qu’il y a un gars planqué derrière une gondole avec Shazam qui fait son petit rapport chaque jour ? Et les remix, ça compte comment ? Les mashups, c’est double tarif ? On aimerait bien savoir.
  • Taxe sur les déchets (TEOM) : Encore une petite douceur annuelle, sous prétexte que vos poubelles ne s'évaporent pas toutes seules.
  • Taxe foncière (si propriétaire) : Parce que posséder son local, évidemment, mérite une petite punition fiscale supplémentaire.
  • Frais bancaires et commissions sur les paiements par CB : Votre banque se fera toujours un plaisir de prélever une part sur chaque paiement CB, sans oublier les frais mensuels facturés simplement pour avoir accès à votre propre argent. Fantastique, non ?
  • Frais comptables obligatoires : Parce que oui, même pour calculer combien vous devez donner à l'État, vous devrez payer quelqu'un ! Enfin, surtout c'est tellement compliqué et vous avez tellement pas de temps libre même en le voulant très fort. Comptez généreusement entre 1500 et 2500 € chaque année pour qu’un comptable fasse le bilan et vous annonce précisément combien il vous reste à lui régler. Magnifique, non ?
  • Assurance du local : Parce que non, il ne suffit pas de payer pour exister, il faut aussi payer pour anticiper tout ce qui pourrait mal tourner. Incendie, dégâts des eaux, cambriolage, attaque extraterrestre… comptez quelques centaines d'euros annuels supplémentaires, juste au cas où.
  • Révision annuelle des extincteurs : Eh oui, parce que votre boutique pourrait prendre feu à tout moment (probablement après réception des impôts). Comptez donc encore entre 80 et 200 € voir bien plus chaque année, en fonction du nombre d’extincteurs, et bien sûr, du bon vouloir de l'entreprise venue vérifier que vous ne mourrez pas brûlé sous les taxes.

Donc finalement, ces 28 000 € sont très loin de finir entièrement dans notre poche. À vrai dire, vu la réalité du terrain, on finit souvent par travailler davantage pour la gloire que pour un vrai revenu. Mais bon, qui a besoin de vacances ou de loisirs quand il peut vivre de passion et d'eau fraîche ? Au fait, je vous ai dit qu'on payait encore de l'IR dessus (impôt sur le revenu) ?

La petite subtilité vicieuse de la TVA

Un dernier détail croustillant : peu importe le coefficient de marge, sachez que grâce à cette merveilleuse invention qu'est la TVA, vendre plus cher ne fait pas forcément gagner plus. Eh oui, augmenter les prix gonfle proportionnellement la somme reversée à l'État. Magique, non ? Finalement, vous travaillez juste plus dur pour mieux financer les repas gastronomiques de ceux qui font les lois. Ça donne envie de payer encore plus cher, tiens. D'ailleurs, si jamais vous vous demandez pourquoi votre commerçant préféré affiche une mine parfois agacée, vous savez désormais que ce n’est pas forcément à cause de votre tête, mais plus probablement à cause de toutes ces magnifiques subtilités fiscales.

Et parce qu’on adore payer plus cher chaque année, évidemment !

Et comme notre passion cachée reste décidément de payer toujours plus, on se réjouit de voir flamber chaque année les prix de l’électricité, de l’eau, du chauffage et du loyer. À ce rythme-là, ouvrir un compte OnlyFans deviendra bientôt une obligation professionnelle.

Conclusion à l’usage des rois du grattage : le prix affiché, c’est pas du folklore

Alors non, définitivement, le prix affiché n’est pas une proposition ouverte à la négociation. Ici, on ne fait pas dans le folklore touristique. Alors la prochaine fois que l’envie irrésistible de marchander vous démange, faites un petit détour par Marrakech. Et n’oubliez pas : le billet d’avion est probablement « beaucoup moins cher sur internet ». Frais de port inclus, évidemment. Et sinon, pour ceux que ça démange vraiment, essayez avec le fisc, pour voir. En attendant et à défaut de remise, on peut vous offrir un sourire forcé, ça compte aussi ?

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