Il fut un temps où prendre les gens pour des imbéciles demandait un minimum d’effort. Un peu de talent, une bonne gueule, deux promesses électorales, un costume repassé et trois journalistes sous perfusion de petits fours. Aujourd’hui ? Plus besoin. Les gens gobent tout seuls, applaudissent même parfois, puis insultent ceux qui osent demander pourquoi le cirque sent autant la merde brûlée.
On vit dans une époque fascinante où le citoyen moyen est devenu une sorte de portefeuille à jambes qu’on culpabilise entre deux taxes carbone et trois alertes sanitaires sponsorisées par des gens qui mangent à 14€ le café à Bruxelles. Le tout emballé dans des mots magiques : “solidarité”, “sécurité”, “simplification”, “modernisation”. Traduction : “vous allez payer plus cher, être davantage surveillés, mais avec une application mobile et un QR code, donc ça passe.”
Le plus beau reste cette capacité extraordinaire qu’ont les gouvernements à découvrir l’impuissance uniquement quand il s’agit de baisser des taxes. Là, soudainement, plus personne ne peut rien faire. “C’est compliqué.” “C’est l’Europe.” “C’est les marchés.” “C’est le contexte international.” En revanche, pour créer une nouvelle contribution, une nouvelle norme, un nouveau contrôle ou une nouvelle obligation numérique, là bizarrement ça retrouve une énergie de lapin sous cocaïne.
Le progrès moderne : payer plus cher pour avoir moins
Internet plus cher mais avec des coupures. L’électricité plus chère mais “verte”. Les voitures plus remplies d’électronique mais impossibles à réparer sans ordinateur de la NASA. Les services publics numérisés mais plus personne au téléphone. Même prendre un rendez-vous devient une chasse au trésor numérique avec captcha, SMS de validation et mot de passe contenant un hiéroglyphe tibétain.
Le progrès moderne ressemble de plus en plus à un abonnement mensuel à l’emmerdement.
La pénurie permanente : saison 14
À chaque crise internationale, même située à trois fuseaux horaires et deux océans de votre réservoir, on nous annonce immédiatement l’apocalypse énergétique. Les chaînes d’info tournent en boucle avec cartes rouges, experts catastrophés et musique de fin du monde, pendant que le Français regarde sa jauge d’essence comme un patient regarde son électrocardiogramme.
Le plus fascinant reste cette capacité du système à transformer chaque tension géopolitique en augmentation instantanée à la pompe… mais jamais en baisse rapide quand la situation se calme. La gravité économique semble monter en ascenseur et redescendre par courrier administratif.
Le plein d’essence bientôt coté au marché noir
Le carburant ? Parlons-en. À l’époque des gilets jaunes, on nous expliquait que les gens râlaient pour quelques centimes. Des beaufs, des complotistes, des pollueurs, presque des criminels climatiques parce qu’ils voulaient juste aller bosser sans vendre un rein à la pompe. Certains se faisaient gazer, fracasser, humilier publiquement pendant que des éditorialistes hors-sol expliquaient qu’il suffisait “d’acheter une voiture électrique”. Bien sûr Gérard, le maçon à 1600€ par mois va acheter une Tesla entre deux courses chez Lidl.
Aujourd’hui, le plein coûte toujours un bras, parfois un deuxième, mais silence étrange. Comme si l’habitude du viol fiscal avait fini par anesthésier tout le monde. Le carburant est devenu un produit de luxe. Bientôt mettre 20€ dans une Clio donnera droit à un tapis rouge et une coupe de champagne chez Total.
Et pendant ce temps-là, l’Union Européenne continue sa transformation en gigantesque administration froide dirigée par des gens qui donnent l’impression de vouloir sauver l’humanité à coups de tableaux Excel et de taxes comportementales. Une machine où l’on vous explique que votre voiture diesel détruit la planète pendant que des jets privés traversent l’Europe pour des sommets écologiques avec buffet crevettes et badges recyclables.
Le complotiste : ce dangereux individu qui lit encore autre chose qu’un bandeau BFM
Mais attention : surtout ne posez pas trop de questions. Parce qu’aujourd’hui, réfléchir est devenu suspect. Le mot “complotiste” est devenu le spray anti-moustiques du débat public. Vous doutez ? Pschitt. Vous remarquez une incohérence ? Pschitt. Vous osez rappeler qu’on nous a déjà raconté cinquante versions différentes de la même histoire en trois ans ? Triple pschitt.
Le citoyen moderne ne réfléchit plus. Il actualise. Il scrolle. Il s’indigne sur commande comme un poisson rouge sous cocaïne numérique. On a fabriqué des adultes qui paniquent sans BFM pendant 48 heures mais qui trouvent normal de confier toute leur pensée critique à trois notifications et deux influenceurs sous Lexomil.
L’information moderne : du journalisme sous anxiolytiques
Les médias modernes ne cherchent plus à informer. Ils cherchent à provoquer une réaction chimique. Peur, colère, panique, indignation, dopamine, catastrophe. Le tout entre une pub pour des antidépresseurs, une application de méditation et un reportage expliquant pourquoi respirer devient problématique.
Le journal télévisé ressemble désormais à un épisode de Black Mirror écrit par des attachés de presse sous Red Bull.
L’audiovisuel public : beaucoup d’argent pour vous expliquer que vous êtes le problème
Le contribuable français finance des structures gigantesques censées informer, éduquer et élever le débat. Résultat : des millions d’euros engloutis, des rapports accablants, des audiences qui fondent, et toujours les mêmes experts qui tournent en boucle comme des PNJ sous caféine.
Le plus beau dans tout ça reste cette capacité à demander toujours plus d’argent public pour produire toujours moins de confiance.
L’agriculteur : héros national jusqu’à ce qu’il dérange un tableau Excel
On applaudit les agriculteurs dans les discours, puis on les noie sous les normes, les contrôles, les charges, les interdictions et les décisions absurdes prises à 800 kilomètres d’une botte de paille.
Et quand certaines décisions sanitaires finissent reconnues comme disproportionnées ou inutiles des mois plus tard, personne ne rend vraiment les exploitations détruites, les bêtes abattues ou les années de travail parties à la benne. Mais rassurez-vous : les experts avaient des graphiques.
Le citoyen moderne : un QR code avec anxiété intégrée
Et puis arrivent toujours les mêmes miracles incroyablement bien synchronisés. Un nouveau virus débarque opportunément par bateau, les médias hurlent, les experts tournent en boucle, les contradictions s’enchaînent plus vite qu’un épisode de téléréalité sous amphétamines… mais heureusement, le vaccin miracle était déjà presque prêt. Quelle efficacité. Quelle chance. Quel timing cosmique absolument fabuleux. Et surtout : quelle coïncidence extraordinaire qu’un exercice de simulation ait eu lieu juste avant. Le hasard fait décidément très bien les choses quand des milliards sont en jeu.
Le plus drôle reste la gestion de crise façon sketch écrit par des stagiaires sous anxiolytiques : ne surtout pas isoler proprement les problèmes à la source, mais renvoyer les gens partout dans le monde “avec un masque hein”. Une logique sanitaire comparable à pisser dans une piscine municipale puis distribuer des brassards en mousse pour rassurer les enfants.
La simplification administrative version enfer numérique
Mais le futur s’annonce encore plus merveilleux. Prenez la facture électronique. Officiellement : simplification. En réalité : centralisation massive, surveillance fiscale automatisée, dépendance à des plateformes privées “agréées”, risques de piratage gigantesques et nouvelles contraintes pour les petites boîtes déjà en train de crever administrativement. L’État français a cette capacité extraordinaire à appeler “simplification” un système qui nécessite trois plateformes, quatre abonnements, deux audits RGPD et un informaticien sous caféine.
Demain, chaque facture transitera dans des tuyaux numériques géants. Parce qu’évidemment, centraliser des milliards de données financières sensibles n’a jamais attiré le moindre hacker de l’histoire humaine. Et quand ça fuira un jour — parce que ça finira forcément par fuiter quelque part — on aura droit au communiqué classique : “nous prenons la situation très au sérieux”. Traduction administrative de “oulala”.
Taxer les risques des autres : le sport préféré de l’État
Et pendant ce temps-là, on continue d’expliquer aux gens qu’ils doivent investir, entreprendre, prendre des risques, préparer leur retraite seuls parce que “l’État ne pourra pas tout”. Magnifique. Prenons la crypto. Quand vous investissez dans un actif considéré comme dangereux, spéculatif et presque satanique, l’État vous explique que vous êtes irresponsable. Mais si ça monte, là soudainement il devient associé majoritaire sans avoir mis un centime.
Le risque est privé. Le gain devient public. Une sorte de colocation forcée où le voisin ne paie jamais le loyer mais se sert quand même dans le frigo. Si vous perdez 20 000€, personne ne vient vous tenir la main. Par contre, si vous gagnez 20 000€, l’administration surgit plus vite qu’un goéland sur une frite.
La fraude acceptable : celle qui porte un costume
Le petit indépendant qui oublie une case dans un formulaire reçoit plus de pression qu’un trafiquant international sous coke et café soluble réunis. Par contre, quand des milliards disparaissent dans des montages, des cabinets, des contrats absurdes ou des optimisations “légales”, là tout devient incroyablement complexe, nuancé et technique.
Le citoyen moyen découvre alors une vérité magnifique : plus une fraude est énorme, moins elle semble inquiéter quelqu’un. Comme si voler un sandwich était un crime, mais détourner des millions un “sujet de gouvernance”.
Dans ce pays, le petit fraudeur fait peur parce qu’il est accessible. Le gros, lui, déjeune parfois avec ceux censés le contrôler.
Le vivre-ensemble devenu concours de susceptibilités
Et au milieu de tout ça, les peuples deviennent de plus en plus divisés, agressifs et communautarisés. Chacun arrive avec son drapeau, ses revendications, ses susceptibilités, ses interdictions, ses exigences de respect absolu… mais le respect du pays d’accueil, de sa culture, de son histoire et de ses codes devient facultatif. Le problème n’est pas d’avoir une culture. Le problème commence quand tout le monde exige qu’on respecte la sienne tout en crachant sur celle des autres.
La France devient ce colocataire étrange qui paye toutes les courses, héberge tout le monde, s’excuse d’exister… et finit quand même traité de connard dans son propre salon.
Et le plus terrifiant dans tout ça, ce n’est même plus la manipulation. C’est l’habitude. Les gens ne demandent même plus qu’on améliore leur vie. Ils aimeraient juste qu’on arrête de leur pisser dessus en expliquant qu’il pleut.
Le problème, ce n’est plus qu’on nous prenne pour des cons. C’est qu’il faut maintenant applaudir pendant qu’on se fait enfiler, sous peine d’être classé dans une case interdite.
Pendant que des gens débattent d’écriture inclusive, de quotas carbone et de “résilience sociétale”, le Français moyen regarde surtout si son compte passe jusqu’au 15 du mois sans transformer ses pâtes Eco+ en investissement long terme.
La grande fatigue des gens normaux
Le plus fou dans cette époque, ce n’est même plus le mensonge, l’hypocrisie ou la manipulation. Ça, l’humanité a toujours connu. Non. Le plus fou, c’est la vitesse à laquelle les gens s’habituent au ridicule. À force d’être infantilisés, surveillés, taxés, culpabilisés, divisés et pris pour des abrutis, beaucoup ont fini par considérer l’absurde comme une météo normale.
On vit dans un monde où demander de la cohérence passe pour de l’extrémisme, où réfléchir devient suspect, où les bureaucrates expliquent la vraie vie à des gens qui bossent réellement, et où des experts millionnaires viennent expliquer aux smicards comment “adapter leurs comportements”.
Le citoyen moderne avance désormais entre deux abonnements, trois contrôles, quatre taxes, cinq mots de passe et une crise sanitaire ou climatique recyclée tous les six mois comme une vieille intrigue Netflix rincée jusqu’à l’os.
Et malgré tout ça, les gens continuent à se lever le matin, aller bosser, payer leurs factures, remplir leurs réservoirs, faire leurs courses et essayer de garder un semblant de vie normale pendant que des technocrates sous PowerPoint transforment progressivement la société en open-space anxiogène sous surveillance permanente.
Le problème, ce n’est plus qu’on nous prenne pour des cons. Le problème, c’est que tout le système semble désormais reposer entièrement sur notre capacité à l’accepter sans trop faire de bruit.
Alors voilà où on en est : taxés, surveillés, divisés, culpabilisés, rackettés, infantilisés… mais toujours priés de sourire poliment pendant qu’on nous explique que tout ça est “pour notre bien”.
Alors au fond, la vraie question devient simple :
il faudra encore combien de tubes de vaseline avant que plus rien ne rentre ?